De madame Bovary à Sex and the city

Il y a quelques semaines à Miami, j’ai assisté à une conférence de Candace Buschnell, l’auteur de Sex and the city, qui présentait son nouveau livre : One Fifth street. Je crois que c’est la première fois que je vais à la présentation d’un bouquin et franchement, je ne regrette pas. Non seulement Candace Bushnell est l’un de mes auteurs contemporains favoris, mais en plus, c’était vraiment une expérience de me retrouver au milieu d’une assemblée de 200 personnes, dont quatre hommes, (les stewarts distribuant les petits fours étant compris dans le total), dans le pays même de l’auteur.

Drapée dans une robe noire sobre et juchée sur des talons sur lesquelles je ne pourrais pas rester plus de 30 secondes, Candace Bushnell aura bientôt 50 ans. Mais comme toutes ses new-yorkaises sophistiquées et « fashion icons », elle ne les paraît absolument pas. Dans sa façon de lire particulièrement imagée, on sent son passé de comédienne, mais personnellement, je me serais passée de la lecture qu’elle a faite d’un passage de son livre durant la conférence. En revanche, la session question-réponse était un must. Trop génial de l’entendre parler, avec sa voix un peu rauque, son humour décapant comme celui de ses livres, et son aisance américaine.

Elégantes -comme l’a souligné elle-même Candace Bushnell- portant la coupe de champagne et le mini macaron avec presque autant d’aisance que Carrie Bradshaw, les femmes réunies ce soir-là venaient d’horizons très différents. Il y avait une journaliste travaillant pour une agence hispanique, une Française possédant un appartement à Miami, une Péruvienne qui avait fait plus d’une heure de route pour assister à une conférence et une autre journaliste qui recueillait les impressions des unes et des autres, peut-être pour le Miami Herald.

Mais jusqu’aux reporters en service commandé pour leur publication, toutes avaient lu ses livres. Toutes avaient un commentaire à faire sur Sex and the city ou sur Lipstick jungle.

Durant la session de question-réponses, une femme a demandé à Candace Buschnell s’il y avait un message dans ses livres. L’auteure s’en est tirée avec une pirouette d’où il ressortait qu’elle était avant tout romancière et ne voulait pas étouffer la spontanéité de son inspiration. Mais si le message n’est pas calculé, il n’en demeure pas moins puissant et multiple. Les héroïnes de Candace Buschnell ne sont pas toutes faites sur le même moule. Dans Sex and the city, on découvre à travers le livre mais surtout dans la série qui en a découlé, quatre femmes dans leurs tribulations professionnelles et personnelles. Elles cherchent l’amour avec la même énergie que la dernière paire d’escarpins à la mode, jonglent entre leur carrière et leur vie perso et sont parfois maintenues à flot par la force de l’amitié qui les unit. Plus tard

Mais Candace Buschnell prête également sa plume à des héroïnes perdues sur le chemin de la libération féminine. Je me souviens qu’en découvrant Trading up, son troisième roman, j’avais immédiatement pensé à The Custom of the country (les beaux mariages en français) d’Edith Wharton, qui mettait en scène un siècle plus tôt, une héroïne dont l’ambition dévorante pousse ses compagnons au désespoir. Mais si Undine Fragg avait l’excuse de ne disposer que de peu de possibilités pour assouvir sa soif de réussite sociale, Janey Wilcox n’a pas grandi dans le même carcan social. La nature lui a donné un physique de rêve, une opportunité de devenir l’égérie d’une marque de lingerie mondialement connue, lui a permis de transformer en un coup de baguette magique une carrière de mannequin ratée en une reconnaissance dans son métier et une petite fortune. Elle a les moyens d’être indépendante financièrement, de mener sa vie comme bon lui semble et peut-être de redonner un peu de la prospérité qu’elle a reçue à autrui. Mais au lieu de cela que fait-elle ? Elle poursuit sans relâche sa quête de toujours plus : toujours plus

J’ai beau retourner sa façon de penser dans tous les sens dans ma tête, je ne peux pas imaginer que l’on puisse raisonne ainsi. Janey Wilcox est-elle un monstre ? Ce serait facile de penser ainsi.  Mais Wilcox n’est pas une exception. Et peut-être devrions-nous nous interroger sur la façon dont nous éduquons nos filles ? Quel message passons-nous ? Quelles valeurs leur mettons-nous dans la tête ?

C’est un vaste sujet et je crois qu’il fera l’objet d’un autre post. Parce que J’ai également envie de parler des rites de passage. Et cela aussi, c’est un sujet à lui tout seul.

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