Reviving Ophelia , voyage dans cette culture « made in USA » qui empoisonne les filles

 

J’ai terminé récemment Reviving Ophelia, le bouquin de Mary Pipher dont j’avais déjà évoqué l’existence dans un post précédent, Rites de passages. Ce voyage au cœur de la vie des adolescentes Américaines des années 90 m’a particulièrement interpelée. A travers toutes ces jeunes filles qui sont passées dans le cabinet de la psychologue américaine, on découvre à quel point la culture américaine est devenue toxique pour les adolescentes, puis les jeunes femmes. Quel que soit leur contexte familial, les jeunes filles sont confrontées à leur entrée au collège à une société où le paraître prend violemment le pas sur l’être pour la femme. Le grand mouvement de libération de la femme enclenché après la deuxième guerre mondiale semble bien loin dans la description de cet univers où la jeune fille est objectisée, parfois d’une façon  cruelle et brutale dès la puberté. Entre les jeunes filles qui ont été violées par leur petit ami, celles qui utilisent l’alcool pour s’anesthésier dans des rapports sexuels qu’elles se sentent obligées d’avoir même si elles ne sont absolument pas dans des conditions où les peuvent les apprécier, la nécessité vitale d’être « populaire » sur la scène sociale contraint la plupart des jeunes filles à travestir voire nier leur personnalité. Elles portent les habits qu’il faut, affichent les labels en vogue, s’affament parfois jusqu’à l’anorexie pour atteindre la minceur « idéale ».

La tendance n’est peut-être pas aussi outrée en Europe et dans les autres pays industrialisés qu’aux Etats-Unis. Mais on connaît la capacité de l’Amérique à exporter ses maux à plus ou moins long terme. Dix ans après la parution de Reviving Ophelia, je ne cesse d’entendre parler d’adolescentes françaises qui semblent prises à ce piège-là. Heureusement, la conscience s’éveille autour de cette culture poison pour les filles. En Australie, notamment, sur l’initiative d’un groupe de femmes de l’Etat de Victoria, a été créé l’année dernière Indigo, un magazine pour les jeunes filles dont la ligne rédactionnelle est totalement en rupture avec ceux qui fleurissent sur les étagères.

 indigo2med1.jpg

Dans Indigo, pas de « pipoles », de mode inabordable et de mannequins filiformes en couverture, mais plutôt des adolescentes réelles et des modèles pour la jeune Australienne type. De mon expérience personnelle, il est assez difficile de trouver un numéro en kiosque en Australie, sa distribution semblant encore bien lointaine de celles des titres majeurs. Mais il semble que l’on puisse maintenant s’abonner sur le web et même lire Indigo en ligne. J’espère en tout cas qu’Indigo ne disparaîtra pas et fera des petits dans d’autres pays.

3 Réponses à “Reviving Ophelia , voyage dans cette culture « made in USA » qui empoisonne les filles”

  1. zoharit dit :

    Merci

    On ne s’en rend pas bien compte mais le travail de « sape » commence en effet de plus en plus tôt. Je suis sidérée par la vacuité des magasines féminins traditionnels, que je continue à acheter (!!! Pourquoi ? Je ne sais pas… Comme si il était « dangereux » de trop m’éloigner de ce « modèle », enfin…)
    Déjà en tant que femme je suis sensible à cette pression qui pèse sur moi, d’être plus mince, plus « à la mode », plus ceci et moins cela… Je n’ose même pas imaginer combien il doit être difficile pour une jeune fille de se développer librement dans cet environnement

  2. zoharit dit :

    Je suis tombée sur un texte intéressant qui m’a fait penser à ton article:

    http://sisyphe.org/spip.php?article1595

  3. Mëme si l’interprétation est parfois un tout petit peu tirée par les cheveux, l’article est assez significatif de la façon dont on conditionne les filles pour leurs relations amoureuses et bien d’autres choses d’ailleurs. Il paraît que des études ont prouvé que les enseignants favorisent inconsciement les garçons par rapport aux filles, notamment en donnant moins souvent la parole à ces dernières!
    Autrement, je suis d’accord avec toi sur le contenu des magazines féminins. Si on était paranos, on pourrait crier au complot sociétal pour nous abrutir!!!

Laisser un commentaire